Photo-identification des cétacés et collecte de données en mer
Observer ne suffit pas. Encore faut-il savoir quoi regarder.
Photographier une baleine, un dauphin ou une orque procure une émotion forte. Mais une image correctement réalisée et associée à des informations précises peut aussi permettre de reconnaître un individu, de documenter une rencontre et, dans certains cas, de compléter un suivi scientifique. Lors des expéditions Wild Seas Explorer, vous apprenez à dépasser la simple observation : identifier une espèce, repérer les caractères utiles, décrire un comportement, relever les conditions de la rencontre et comprendre ce qui distingue une photographie naturaliste d’une donnée potentiellement exploitable. Pour structurer ces observations, WSE utilise des fiches d’observation et des feuilles de route du même type que celles employées par les Marine Mammal Observers — MMO, ou observateurs de mammifères marins. Cette méthode permet de replacer chaque rencontre dans son contexte : où et quand l’observation a-t-elle eu lieu ? Dans quelles conditions ? Pendant quel effort de recherche ? Quelle espèce a été observée ? Combien d’animaux étaient présents ? Que faisaient-ils ? Vous ne venez donc pas seulement voir des cétacés. Vous apprenez à les observer avec méthode, à documenter ce que vous voyez et à comprendre comment se construit la connaissance scientifique.
Ce que vous apprendrez sur le terrain
Selon la destination, le programme et les conditions d’observation, vous pourrez apprendre à :
- rechercher et détecter les animaux ;
- reconnaître les principales espèces ;
- estimer le nombre d’individus présents ;
- repérer la présence éventuelle de jeunes ;
- décrire les comportements observés ;
- identifier les caractères utiles à la photo-identification ;
- réaliser des photographies comparables et correctement orientées ;
- relever une position, une heure et les conditions environnementales ;
- associer les photographies aux informations de la rencontre ;
- trier les images et évaluer leur qualité ;
- rechercher d’éventuelles correspondances dans un catalogue ;
- comprendre la portée et les limites des informations recueillies.
Aucune formation scientifique ou photographique préalable n’est nécessaire. Les méthodes sont expliquées progressivement et adaptées au niveau des participants.
L’objectif n’est pas de vous transformer en chercheur en quelques jours, mais de vous transmettre une manière plus attentive, structurée et rigoureuse d’observer le vivant.
Qu’est-ce que la photo-identification des cétacés ?
La photo-identification, souvent appelée photo-ID, consiste à reconnaître individuellement certains animaux à partir de caractères visibles et suffisamment distinctifs
Selon les espèces, les chercheurs et observateurs peuvent notamment étudier :
- la forme et les encoches d’un aileron dorsal ;
- les motifs de coloration d’une nageoire caudale ;
- la forme de ses bords ;
- les cicatrices et marques naturelles ;
- certaines variations de pigmentation ;
- des caractéristiques durables du dos ou de la zone située autour de la nageoire dorsale.
Chez la baleine à bosse, par exemple, la face ventrale de la nageoire caudale présente des motifs et des contours propres à chaque individu. Chez de nombreux dauphins et chez les orques, la forme de l’aileron dorsal, ses encoches, les cicatrices ou certaines marques pigmentaires peuvent permettre une reconnaissance individuelle.
Ces caractères jouent un rôle comparable à une empreinte digitale, à condition qu’ils soient visibles, suffisamment stables dans le temps et correctement photographiés.
Les images exploitables sont ensuite triées, décrites et comparées à d’autres photographies. Lorsqu’un même individu est reconnu sur plusieurs images, on parle de correspondance ou de « match » de photo-identification..
Que permet réellement d’étudier la photo-identification ?
Lorsqu’un individu est photographié à plusieurs reprises et que les rencontres sont correctement datées et localisées, la photo-identification peut contribuer à documenter :
- ses déplacements ;
- ses migrations ;
- sa fidélité à une zone ;
- la fréquentation saisonnière d’un territoire ;
- ses associations avec d’autres individus ;
- certains éléments de sa structure sociale ;
- son évolution au fil du temps ;
- certaines blessures ou modifications de son apparence.
À l’échelle d’un programme scientifique structuré, l’accumulation d’observations validées peut également participer à l’étude de la distribution ou de la dynamique d’une population. Certaines estimations d’abondance reposent notamment sur des méthodes de capture-marquage-recapture photographique, qui nécessitent toutefois un plan d’échantillonnage et des analyses spécifiques.
Une photographie isolée ne permet donc pas, à elle seule, de connaître l’état d’une population. Sa valeur dépend de sa qualité, des informations qui l’accompagnent, de la méthode employée et de la possibilité de la comparer à d’autres observations.
Comment réaliser une photographie exploitable ?
Une photographie esthétique n’est pas nécessairement une bonne photographie de photo-identification. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir une belle image, mais de rendre visibles les caractères qui permettront une comparaison.
Une image utile doit autant que possible être :
- nette ;
- correctement exposée ;
- suffisamment rapprochée dans le cadre ;
- prise sous un angle adapté ;
- associée à la bonne rencontre ;
- conservée avec ses informations d’origine.
La partie à photographier dépend de l’espèce. Il peut s’agir de la caudale, de l’aileron dorsal, du dos ou de marques particulières.
Lors des voyages concernés, WSE vous apprend à anticiper les mouvements de l’animal, à choisir les réglages appropriés et à photographier les caractères utiles sans demander au bateau de provoquer artificiellement une proximité.
Le bien-être animal, la sécurité et le respect des règles d’approche restent prioritaires. Une donnée ne justifie jamais une poursuite, une modification intrusive de trajectoire ou un dérangement supplémentaire.
Une image qui ne permet pas d’identifier un individu n’est pas pour autant « inutile ». Elle peut conserver une valeur naturaliste, pédagogique ou documentaire, illustrer un comportement ou simplement témoigner de votre apprentissage.
Des fiches fondées sur les méthodes utilisées par les MMO
Une observation prend davantage de sens lorsqu’elle peut être replacée dans un effort de recherche documenté.
C’est pourquoi Wild Seas Explorer utilise deux types de supports complémentaires, inspirés des outils employés par les Marine Mammal Observers.
La feuille de route et d’effort
Elle permet de documenter notamment :
- l’itinéraire suivi ;
- les horaires ;
- les positions ;
- les périodes d’observation ;
- les conditions de mer ;
- le vent ;
- la visibilité ;
- la plateforme utilisée ;
- les éventuelles interruptions de l’effort ;
- les secteurs parcourus sans détection.
Les périodes sans observation sont importantes : elles permettent de distinguer une simple liste de rencontres d’un véritable effort documenté. Elles ne prouvent pas l’absence des animaux, mais précisent où, quand et dans quelles conditions une recherche a été effectuée.
La fiche d’observation
Lorsqu’une rencontre a lieu, une fiche distincte permet de consigner, selon les besoins du voyage ou du programme :
- la date et l’heure ;
- la position ;
- l’espèce observée et le degré de certitude de l’identification ;
- le nombre estimé d’individus ;
- la composition apparente du groupe ;
- la présence éventuelle de jeunes ;
- les comportements observés ;
- les espèces associées ;
- certaines activités humaines présentes dans la zone ;
- les conditions environnementales ;
- les fichiers photographiques ou enregistrements associés.
Les photographies et documents liés
Les photographies exploitables sont rattachées à la rencontre correspondante. Elles peuvent ensuite être triées, évaluées et comparées à des catalogues régionaux, à des bases dédiées ou aux archives d’observation de WSE.
Cette organisation assure une meilleure traçabilité qu’une photographie conservée sans date, sans position ou sans contexte.
De l’observation à une donnée potentiellement utile
Toutes les observations ne deviennent pas automatiquement des données scientifiques.
Pour présenter un intérêt au-delà du voyage, une observation doit généralement être :
- correctement localisée et datée ;
- associée à un effort ou à un contexte clairement décrit ;
- suffisamment complète ;
- accompagnée d’une identification fiable ou d’un degré d’incertitude explicite ;
- reliée aux bons fichiers photographiques ;
- vérifiée avant sa transmission ;
- compatible avec les besoins du programme destinataire.
Lorsque WSE collecte des informations pour un organisme ou un programme identifié, les champs, codes et modalités de collecte peuvent être adaptés à ses exigences.
L’utilisation de fiches issues des méthodes MMO améliore la cohérence et la traçabilité des informations. Elle ne signifie toutefois pas que chaque observation sera intégrée à une étude, ni que les données répondront à toutes les questions scientifiques.
La validation et l’utilisation finale restent du ressort du programme, de l’équipe ou de l’organisme destinataire.
Le parcours d’une observation WSE
1. Observer Rechercher les animaux tout en documentant l’itinéraire, l’effort et les conditions de terrain. 2. Identifier Déterminer l’espèce avec le meilleur niveau de certitude possible et reconnaître les caractères pertinents. 3. Photographier Produire, lorsque les conditions le permettent, des images montrant les parties utiles à l’identification individuelle. 4. Contextualiser Associer la rencontre à une date, une heure, une position, des conditions environnementales et des observations comportementales. 5. Trier et vérifier Sélectionner les photographies exploitables, contrôler leur rattachement à la rencontre et rechercher d’éventuelles correspondances. 6. Archiver ou transmettre Conserver les informations dans les archives WSE ou les partager avec un destinataire pertinent lorsque les critères nécessaires sont réunis. Observer → Identifier → Photographier → Contextualiser → Vérifier → Comparer → Transmettre
Que deviennent les observations collectées par WSE ?
Les informations et photographies sont d’abord triées et vérifiées. Selon leur nature, leur qualité, leur origine et les programmes disponibles, elles peuvent ensuite :
- rejoindre les archives d’observation et de photo-identification de WSE ;
- être comparées à des catalogues existants ;
- être déposées sur une plateforme spécialisée telle que Happywhale ;
- être transmises à une équipe ou à un programme identifié ;
- servir de support pédagogique lors des voyages et ateliers ;
- rester archivées lorsqu’aucun destinataire pertinent n’est disponible.
WSE partage notamment des photographies d’orques réalisées en Norvège avec Norwegian Orca Survey. Cette contribution correspond à une transmission d’images et n’est pas présentée comme un partenariat institutionnel.
Certaines photographies exploitables peuvent également être déposées sur Happywhale afin de rechercher d’éventuelles correspondances et de contribuer à l’historique d’observation des individus.
Pour les observations du littoral correspondant à ses programmes, WSE peut également intervenir comme relais BioLit.
Nous distinguons volontairement la transmission d’images, la participation à un programme, le rôle de relais et le partenariat scientifique formalisé. Ces relations n’impliquent pas le même niveau d’engagement.
Une plateforme d’observation, pas un navire de recherche
Les bateaux utilisés au cours des voyages WSE peuvent constituer des plateformes d’observation intéressantes. Le temps passé en mer permet parfois de documenter des rencontres qui n’auraient pas été enregistrées autrement.
Ces observations opportunistes peuvent compléter des campagnes scientifiques, mais elles ne les remplacent pas.
Un navire de recherche peut suivre un plan d’échantillonnage conçu pour répondre à une question précise, mobiliser des spécialistes, répéter des transects, déployer des instruments ou réaliser des prélèvements qui ne sont ni possibles ni appropriés lors d’un voyage naturaliste.
Wild Seas Explorer ne prétend donc pas se substituer aux laboratoires ou aux équipes de recherche. Notre rôle consiste à :
- utiliser le temps de terrain avec méthode ;
- documenter correctement les rencontres ;
- initier les participants aux pratiques d’observation ;
- produire des informations traçables ;
- transmettre ce qui peut réellement être utile ;
- expliquer honnêtement les limites de la démarche.
Cette distinction est essentielle : contribuer à la connaissance n’est pas la même chose que conduire un programme de recherche académique.
D’autres observations selon les voyages
La photo-identification des cétacés n’est qu’une partie des activités de terrain proposées par WSE.
Selon la destination, le programme, les autorisations et le matériel disponible, les participants peuvent également découvrir :
- l’identification d’espèces marines ;
- ll’observation structurée des comportements ;
- ll’écoute acoustique passive au moyen d’un hydrophone ;
- lla mesure de paramètres environnementaux simples ;
- lla lecture de cartes marines et bathymétriques ;
- lla relation entre relief sous-marin, courants et présence de la faune ;
- lla collecte et l’observation du plancton ;
- lla photographie documentaire ;
- lla tenue d’un carnet de terrain ;
- lla participation à des programmes de sciences participatives.
Toutes ces activités ne sont pas proposées sur chaque séjour. La fiche de chaque voyage précise les méthodes réellement prévues, le matériel disponible et le rôle que peuvent jouer les participants.
Ce que WSE vous garantit — et ce que nous ne promettons pas
Notre engagement
Nous nous engageons à :
🌱vous apprendre à observer avec davantage de précision ;
🌱expliquer les méthodes utilisées ;
🌱employer des supports structurés ;
🌱replacer les observations dans leur contexte ;
🌱distinguer les faits, les hypothèses et les incertitudes ;
🌱respecter les animaux et les règles d’approche ;
🌱présenter honnêtement la destination possible des informations collectées ;
🌱ne pas exagérer la portée scientifique de votre participation.
Ce que la nature ne permet pas de garantir
Nous ne pouvons pas garantir :
🌱la présence d’une espèce précise ;
🌱la proximité des animaux ;
🌱l’obtention d’une photographie exploitable ;
🌱
l’identification de chaque individu ;
🌱la découverte d’une correspondance ;
🌱la production de données à chaque sortie ;
🌱l’intégration d’une observation dans un programme scientifique ;
🌱l’utilisation future des informations par un organisme extérieur.
🌱Les cétacés restent sauvages et libres de leurs mouvements. Cette incertitude fait partie de l’observation naturaliste autant que de la démarche scientifique.
Une démarche encadrée par une formation scientifique
Les contenus et protocoles WSE sont conçus et encadrés par Stéphanie Vigetta, fondatrice de Wild Seas Explorer.
Titulaire de deux Masters orientés recherche et forte d’une expérience de recherche doctorale consacrée aux myctophidés, elle conçoit les voyages autour d’une progression simple :
observer, questionner, collecter, comparer, interpréter et transmettre.
L’expertise WSE ne consiste pas à ajouter quelques explications scientifiques à un voyage classique. Elle structure la manière d’observer le terrain, d’interroger les rencontres et de comprendre les écosystèmes parcourus.
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Vous souhaitez apprendre à reconnaître les caractères utiles, choisir le bon angle et comprendre ce qui rend une photographie potentiellement exploitable ?
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Vivez la méthode sur le terrain
La meilleure manière d’apprendre la photo-identification reste de la pratiquer : observer le comportement, anticiper l’apparition de l’animal, rechercher les caractères distinctifs et replacer chaque photographie dans le contexte de la rencontre.
Les expéditions WSE associent observation naturaliste, photographie, compréhension des écosystèmes et découverte de méthodes scientifiques, au sein de petits groupes.
Questions fréquentes
Non. Les activités sont expliquées progressivement et ne nécessitent aucune formation préalable. La curiosité, l’attention et l’envie de comprendre sont plus importantes que le niveau de départ.
Non. Un appareil doté d’un objectif adapté facilite certaines prises de vue, mais tous les participants peuvent prendre part à l’observation, aux relevés, à l’identification et au tri des informations.
Non. Pour permettre une comparaison, l’image doit montrer la bonne partie de l’animal, être suffisamment nette et présenter un angle adapté. Elle doit également être reliée à une date, une position et une rencontre clairement identifiée.
Ils participent à une collecte structurée fondée sur des méthodes d’observation utilisées en milieu professionnel. Certaines informations peuvent devenir scientifiquement utiles après vérification, si elles sont suffisamment complètes et répondent aux besoins d’un programme. Toutes les observations ne sont pas automatiquement intégrées à une recherche.
Les fiches d’observation et feuilles de route utilisées par WSE sont fondées sur les mêmes types de supports que ceux employés par les Marine Mammal Observers : suivi de l’effort, itinéraire, conditions d’observation et description détaillée des rencontres. Elles peuvent être adaptées aux objectifs du voyage ou aux exigences d’un programme destinataire.
Non. Elles sont d’abord triées et vérifiées. Leur transmission dépend de leur qualité, de leur complétude, de leur pertinence et de l’existence d’un destinataire approprié.
Elle peut être pratiquée sans modifier l’approche uniquement pour obtenir une image. WSE ne poursuit pas un animal et ne recherche pas une proximité à tout prix. Le bien-être animal, les règles locales et la sécurité priment toujours sur la collecte.
Non. Il s’agit d’animaux sauvages. Les espèces présentées pour chaque destination sont susceptibles d’être rencontrées à la période choisie, mais leur présence, leur proximité et leur comportement ne peuvent pas être garantis.