LA MIGRATION DES BALEINES
Chaque année, certaines baleines parcourent plusieurs milliers de kilomètres entre leurs zones d’alimentation et leurs zones de reproduction. D’autres effectuent des déplacements saisonniers plus courts, suivent les variations de la banquise ou restent toute l’année dans une même région.
Il n’existe donc pas une migration des baleines, mais une grande diversité de stratégies propres aux espèces, aux populations et parfois aux individus.
Comprendre ces déplacements permet de mieux interpréter les observations : une baleine peut être en train de se nourrir, de traverser une région, de rechercher un partenaire, de mettre bas ou d’accompagner son baleineau. Cela permet aussi de comprendre pourquoi une espèce présente à une saison peut devenir rare quelques mois plus tard.
Cette page concerne principalement les baleines à fanons, comme la baleine à bosse, la baleine grise, les baleines franches, la baleine boréale et les grands rorquals. Les cachalots et d’autres cétacés réalisent eux aussi d’importants déplacements, mais leurs cycles ne correspondent pas toujours au modèle décrit ici.
La migration des baleines n’est pas une simple ligne sur une carte.
C’est une réponse vivante aux saisons, à l’énergie, à la reproduction, à la mémoire et à la structure de l’océan.
Qu’est-ce qu’une migration chez les baleines ?
Une migration est un déplacement directionnel, généralement saisonnier et récurrent, entre des régions assurant des fonctions différentes dans le cycle de vie d’un animal.
Chez de nombreuses baleines à fanons, elle relie principalement :
des zones d’alimentation, souvent situées dans des eaux froides et productives ;
des zones de transit, empruntées au cours du déplacement ;
des zones de reproduction ou de mise bas, souvent situées à des latitudes plus basses.
Ces zones ne sont pas toujours nettement séparées. Une baleine peut se nourrir pendant une partie de sa migration, utiliser plusieurs régions au cours d’une même saison ou ne pas migrer certaines années.
Une présence saisonnière ne suffit pas non plus à démontrer une route migratoire précise. Pour reconstruire un déplacement, les scientifiques doivent pouvoir suivre un individu, le reconnaître dans plusieurs régions ou croiser différentes sources d’information.
Pourquoi les baleines migrent-elles ?
La migration représente une dépense énergétique considérable. Pour être maintenue au fil des générations, elle doit procurer des avantages suffisants. Les scientifiques ont proposé plusieurs mécanismes complémentaires, mais aucun ne permet d’expliquer à lui seul toutes les migrations.
Exploiter des ressources alimentaires saisonnières
Aux hautes latitudes, l’augmentation de la lumière au printemps et en été stimule la production du phytoplancton. Cette production alimente ensuite le zooplancton, le krill et les poissons dont se nourrissent les baleines à fanons.
Pendant les périodes les plus favorables, certaines baleines peuvent ainsi exploiter des concentrations de proies particulièrement riches et accumuler d’importantes réserves énergétiques.
La distribution de ces ressources dépend toutefois des courants, des fronts océaniques, de la profondeur, de la température, de la banquise et de nombreux phénomènes locaux. Les baleines ne se déplacent donc pas simplement vers le nord ou vers le sud : elles recherchent des habitats où leurs proies deviennent accessibles et suffisamment concentrées.
Se reproduire et mettre bas dans des conditions favorables
De nombreuses populations rejoignent en hiver des régions tropicales, subtropicales ou tempérées pour s’accoupler et mettre bas.
Plusieurs avantages ont été proposés pour expliquer ce choix :
des eaux moins froides pour les nouveau-nés ;
des zones côtières parfois plus calmes ou moins profondes ;
des conditions favorables à l’allaitement et aux premiers déplacements du baleineau ;
un risque de prédation potentiellement différent de celui rencontré aux hautes latitudes.
Ces mécanismes ne sont pas équivalents pour toutes les espèces. Toutes les baleines ne mettent pas bas dans des eaux tropicales et toutes n’utilisent pas des baies protégées.
Réduire certains risques pour les baleineaux
La prédation exercée par les orques, particulièrement sur les jeunes baleines, a également été proposée comme l’un des facteurs ayant contribué à l’évolution des migrations vers les basses latitudes.
Cette hypothèse peut expliquer une partie des comportements observés chez certaines populations, mais elle ne constitue pas une réponse universelle. La répartition des prédateurs, les habitats utilisés et la vulnérabilité des baleineaux varient fortement d’une région à l’autre.
Revenir dans des habitats connus
Les routes migratoires ne dépendent pas uniquement des conditions rencontrées au cours d’une année. Les baleines peuvent montrer une forte fidélité à leurs zones d’alimentation ou de reproduction.
La mémoire individuelle, l’apprentissage auprès de la mère, les traditions migratoires et l’histoire évolutive des populations peuvent contribuer au maintien de ces routes.
Cela explique pourquoi deux populations appartenant à la même espèce peuvent fréquenter des régions différentes et suivre des calendriers distincts.
Le modèle des « capital breeders » : utile, mais incomplet
De nombreuses grandes baleines sont décrites comme des capital breeders. Elles accumulent une partie importante de l’énergie nécessaire à leur migration et à leur reproduction pendant leur saison d’alimentation, puis mobilisent ces réserves au cours des mois suivants.
Une femelle gestante peut ainsi :
se nourrir intensivement dans une région productive ;
rejoindre une zone de reproduction ;
mettre bas et allaiter son baleineau ;
repartir vers une zone d’alimentation.
Ce modèle permet de comprendre l’importance des réserves de graisse et le coût particulièrement élevé de la gestation et de l’allaitement.
Il ne doit cependant pas être interprété comme une règle absolue. Les baleines à bosse réduisent généralement leur alimentation pendant leur migration et sur les zones de reproduction, mais des comportements alimentaires opportunistes ont été documentés en cours de route ou à basse latitude.
Certains individus peuvent également rester sur une zone d’alimentation pendant l’hiver au lieu d’accomplir la totalité de la migration.
À quelle saison les baleines migrent-elles ?
Le calendrier dépend de l’hémisphère, de l’espèce, de la population et de la région. Les périodes ci-dessous constituent des repères généraux, pas un calendrier applicable à toutes les baleines.
Dans l’hémisphère Nord
Chez de nombreuses populations de baleines à bosse :
l’alimentation aux latitudes élevées se concentre surtout de la fin du printemps à l’automne ;
les déplacements vers les zones de reproduction commencent généralement à l’automne ;
les accouplements et les mises bas ont principalement lieu pendant l’hiver ;
le retour vers les zones d’alimentation s’effectue progressivement au printemps.
À titre indicatif, la Commission baleinière internationale situe généralement la principale période d’alimentation des baleines à bosse de l’hémisphère Nord entre juin et octobre, et leur période de reproduction entre décembre et mars ou avril.
Ces repères ne s’appliquent pas nécessairement au rorqual commun, au rorqual bleu, à la baleine noire de l’Atlantique Nord ou à la baleine boréale, dont les déplacements peuvent être plus diffus ou répondre à d’autres contraintes.
Dans l’hémisphère Sud
Les saisons sont inversées.
De nombreuses baleines à bosse se nourrissent autour de l’Antarctique et dans les eaux subantarctiques pendant l’été austral, approximativement de novembre à mars. Elles rejoignent ensuite des zones de reproduction plus proches de l’équateur, où les accouplements et les mises bas ont principalement lieu entre juillet et octobre.
Les baleines franches australes suivent également un cycle saisonnier, avec une fréquentation hivernale de certaines zones côtières de mise bas en Afrique australe, en Amérique du Sud, en Australie ou en Nouvelle-Zélande.
Dans les régions tropicales et équatoriales
Toutes les populations vivant à basse latitude ne réalisent pas de longues migrations vers les pôles.
Certains rorquals de Bryde restent associés toute l’année à des régions tropicales ou subtropicales productives. La population de baleines à bosse de la mer d’Arabie constitue également une exception remarquable : elle ne suit pas le modèle migratoire classique connu chez la plupart des autres populations de l’espèce.
Des stratégies très différentes selon les espèces
La baleine à bosse : la grande migration entre alimentation et reproduction
La baleine à bosse est l’exemple le plus connu de migration entre des zones d’alimentation situées aux latitudes élevées et des zones de reproduction tropicales ou subtropicales. Certains individus parcourent jusqu’à environ 8 000 kilomètres entre ces régions. La distance réelle dépend de la population et des habitats fréquentés. Les baleines à bosse montrent souvent une forte fidélité à leur zone d’alimentation. Des individus provenant de plusieurs régions peuvent néanmoins se retrouver sur une même zone de reproduction, ou inversement. Leur migration n’est pas toujours accomplie par l’ensemble de la population. Certains individus ne migrent pas chaque année et d’autres peuvent se nourrir en cours de route. Le sexe, l’âge, l’état reproducteur et la condition corporelle peuvent également influencer le calendrier de départ et d’arrivée.
La baleine grise : une migration largement côtière
La population orientale de baleines grises du Pacifique Nord réalise l’une des migrations annuelles les plus longues connues chez les mammifères. La plupart de ces baleines se nourrissent pendant la saison favorable dans les mers de Béring et des Tchouktches. Elles longent ensuite la côte ouest de l’Amérique du Nord pour rejoindre les lagunes et les eaux côtières de Basse-Californie, au Mexique. Le voyage aller-retour représente couramment environ 16 000 kilomètres. Certains déplacements individuels documentés peuvent dépasser 22 000 kilomètres. Cette migration est souvent côtière, ce qui facilite son observation depuis la terre dans certaines régions. Elle n’est cependant pas identique pour tous les individus : certaines baleines utilisent des zones d’alimentation intermédiaires situées le long des côtes du Pacifique.
La baleine franche australe : des zones côtières de mise bas
Les baleines franches australes utilisent des zones d’alimentation situées à des latitudes tempérées, subantarctiques ou antarctiques. Pendant l’hiver austral, une partie des populations rejoint des eaux côtières plus abritées pour s’accoupler, mettre bas et allaiter. Ces rassemblements saisonniers sont notamment connus le long des côtes d’Afrique australe, d’Argentine, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Les routes et les zones d’alimentation restent toutefois moins bien connues pour certaines populations. Une baleine observée dans une baie de mise bas ne suit pas nécessairement la même route qu’une autre baleine fréquentant cette baie.
Le rorqual bleu et le rorqual commun : des déplacements moins lisibles
Le rorqual bleu et le rorqual commun effectuent d’importants déplacements saisonniers, mais leur organisation est souvent moins simple que le modèle « eaux polaires en été, tropiques en hiver ». Leurs mouvements peuvent suivre la productivité marine, les concentrations de krill ou de poissons et les caractéristiques océanographiques. Certaines populations ou certains individus utilisent plusieurs zones d’alimentation, tandis que d’autres restent présents une grande partie de l’année dans une même région. Les déplacements saisonniers du rorqual commun sont notamment moins prévisibles que ceux de la baleine à bosse. En Méditerranée, des rorquals communs sont présents toute l’année et réalisent des redistributions saisonnières complexes. Des connexions avec l’Atlantique existent, mais elles ne permettent pas de réduire toute la population méditerranéenne à une migration annuelle unique.
La baleine boréale : migrer avec la banquise
La baleine boréale, aussi appelée baleine du Groenland, vit presque exclusivement dans les eaux arctiques et subarctiques. Elle ne migre pas vers les tropiques. Ses déplacements saisonniers restent liés à la dynamique de la banquise, à l’ouverture de passages, à l’accès aux zones d’alimentation et à la répartition de ses proies. Cette espèce montre qu’une migration ne relie pas nécessairement une région polaire à une région chaude. Elle peut s’effectuer entièrement au sein d’un environnement arctique.
Les migrations partielles et les populations résidentes
Au sein d’une même population, tous les individus ne suivent pas obligatoirement le même calendrier.
Chez la baleine noire de l’Atlantique Nord, certaines baleines — notamment des femelles gestantes — rejoignent en hiver les zones de mise bas du sud-est des États-Unis. D’autres restent plus au nord ou se répartissent différemment le long de la côte.
Les suivis acoustiques montrent d’ailleurs une présence presque annuelle dans plusieurs secteurs autrefois considérés principalement comme des zones de passage.
Certains rorquals de Bryde restent associés à des écosystèmes tropicaux productifs, tandis que la population de baleines à bosse de la mer d’Arabie ne réalise pas les longues migrations saisonnières caractéristiques de la majorité des populations de l’espèce.
Les migrations peuvent donc être complètes, partielles, irrégulières ou presque absentes.
De la Norvège au Cap-Vert : ce que révèle la photo-identification
Les baleines à bosse observées dans les eaux norvégiennes n’y passent pas toutes l’année. Certaines utilisent les eaux du nord de la Norvège, de la mer de Barents ou de l’archipel du Svalbard comme zones d’alimentation, avant de rejoindre des régions plus méridionales.
Une étude publiée en 2020 a comparé les photographies de baleines à bosse identifiées au Cap-Vert entre 1990 et 2018 avec différents catalogues de l’Atlantique Nord.
Parmi les 267 individus reconnaissables photographiés au Cap-Vert :
44 avaient également été identifiés dans les eaux norvégiennes, notamment dans le nord de la Norvège, la mer de Barents ou l’archipel du Svalbard ;
12 avaient également été identifiés en Islande ;
d’autres correspondances existaient avec les Açores, les Canaries, la Guadeloupe et différentes régions de l’Atlantique.
Ces résultats démontrent une connexion migratoire entre le Cap-Vert et plusieurs zones d’alimentation du nord-est de l’Atlantique.
Ils ne signifient pas que toutes les baleines observées en Norvège migrent vers le Cap-Vert, ni que toutes les baleines du Cap-Vert se nourrissent en Norvège. Ils ne prouvent pas non plus que chaque animal effectue un trajet direct et identique entre ces deux régions.
Cette distinction est importante : une correspondance photographique documente la présence du même individu dans deux lieux différents. L’accumulation de nombreuses correspondances permet ensuite de reconstituer progressivement les connexions entre populations et habitats.
Comment les baleines trouvent-elles leur chemin ?
Certaines baleines rejoignent des régions séparées par des milliers de kilomètres avec une remarquable fidélité spatiale. Les mécanismes précis qui permettent cette navigation ne sont toutefois pas entièrement compris.
Plusieurs sources d’information pourraient intervenir simultanément :
la position du soleil et, éventuellement, des repères célestes ;
le champ magnétique terrestre ;
la température de l’eau ;
les courants ;
la bathymétrie et la proximité des côtes ;
les signaux acoustiques naturels ;
la mémoire des routes et des habitats ;
l’apprentissage auprès de la mère ou d’autres individus.
L’importance de ces indices varie probablement selon l’espèce, la région et le type de parcours. La capacité des baleines à suivre des trajectoires précises ne démontre donc pas l’utilisation exclusive d’un « GPS magnétique ».
La navigation est vraisemblablement fondée sur la combinaison de plusieurs repères et sur une connaissance acquise du milieu.
Comment les scientifiques étudient-ils les migrations ?
Aucune méthode ne permet à elle seule de répondre à toutes les questions. Les chercheurs combinent plusieurs outils afin de connaître l’identité des animaux, leurs trajectoires, leur appartenance à une population et les habitats qu’ils utilisent.
La photo-identification
La photo-identification permet de reconnaître certains individus grâce à des caractères naturels durables :
motifs de coloration de la nageoire caudale ;
forme de ses bords ;
encoches de l’aileron dorsal ;
cicatrices ;
marques pigmentaires.
Lorsqu’une même baleine est photographiée dans plusieurs régions, les correspondances révèlent des connexions entre ses zones de fréquentation.
La photo-identification peut documenter une présence et relier deux observations, mais elle ne montre pas nécessairement l’itinéraire emprunté entre ces deux points.
La télémétrie satellitaire
Des balises spécialement conçues pour la recherche peuvent transmettre les positions successives d’un animal pendant une durée limitée.
Elles permettent d’étudier :
une trajectoire migratoire ;
la vitesse et la direction des déplacements ;
l’utilisation des habitats ;
les arrêts ou changements de direction ;
les relations avec les courants, la bathymétrie ou la glace.
La pose de balises relève de programmes scientifiques encadrés et nécessite les autorisations appropriées.
L’acoustique passive
Des hydrophones fixes ou dérivants enregistrent les vocalisations sous-marines. Ils peuvent révéler la présence saisonnière d’une espèce, parfois même lorsque les conditions empêchent toute observation visuelle.
L’acoustique ne permet cependant pas toujours de reconnaître individuellement les animaux ni de reconstruire seule leur itinéraire complet.
La génétique et les traceurs biologiques
Les analyses génétiques permettent d’étudier les liens entre populations et les échanges entre régions.
D’autres approches, comme l’étude des isotopes stables, peuvent apporter des informations sur les zones d’alimentation ou les ressources consommées.
Ces méthodes renseignent sur des aspects différents de la migration et doivent être interprétées avec les données écologiques disponibles.
Les observations standardisées
Les campagnes en mer, les suivis depuis la côte et les observations associées à un effort documenté permettent d’étudier la répartition et les variations saisonnières.
La date, la position, l’itinéraire, les conditions de mer, la visibilité et le temps réellement consacré à l’observation sont indispensables pour distinguer une simple liste de rencontres d’un suivi interprétable.
Comment le changement climatique influence-t-il les migrations ?
Le changement climatique ne produit pas une réponse identique chez toutes les baleines. Il modifie néanmoins plusieurs composantes essentielles de leurs habitats :
température de l’eau ;
couverture et saisonnalité de la banquise ;
courants et fronts océaniques ;
production du plancton ;
répartition et abondance des proies ;
durée des saisons productives ;
accessibilité de certaines zones d’alimentation.
Une population peut arriver plus tôt ou plus tard, prolonger son séjour, utiliser une nouvelle région ou abandonner progressivement un habitat devenu moins favorable.
Ces modifications peuvent avoir des conséquences sur la condition corporelle, la réussite de la reproduction ou les risques de rencontre avec les navires et les engins de pêche.
Il faut néanmoins rester prudent. Une observation inhabituelle ou une modification constatée pendant une seule saison ne suffit pas à démontrer un changement durable de route migratoire. Ces évolutions doivent être étudiées sur plusieurs années et mises en relation avec les conditions environnementales.
Pourquoi protéger toute la route migratoire ?
Une baleine peut traverser plusieurs juridictions nationales et de vastes espaces internationaux au cours d’un même cycle.
Elle peut rencontrer des menaces différentes selon les régions :
collisions avec les navires ;
enchevêtrement dans des engins de pêche ;
bruit sous-marin ;
pollution ;
dégradation des habitats côtiers ;
dérangement lié aux activités nautiques ;
évolution de la disponibilité des proies.
La protection d’une seule zone ne suffit donc pas toujours. Une population dépend à la fois de ses habitats d’alimentation, de reproduction, de repos et de transit.
Les routes migratoires ne doivent pas être imaginées comme de simples lignes fixes sur une carte. Elles correspondent souvent à de larges espaces dont l’utilisation varie entre les individus et selon les conditions de l’année.
Ce que la migration change pour l’observation des baleines
Comprendre la fonction d’une région permet de mieux interpréter le comportement des animaux qui la fréquentent.
Sur une zone d’alimentation
Les observations peuvent être associées à la présence de poissons, de krill, d’oiseaux marins, de fronts ou de phénomènes océanographiques favorisant la concentration des proies.
Les baleines peuvent modifier rapidement leur répartition lorsque les ressources se déplacent.
Sur une zone de transit
Les déplacements sont parfois plus directionnels et les rencontres plus brèves. Une zone de passage n’est pas nécessairement une zone où les animaux restent longtemps ou se nourrissent activement.
Sur une zone de reproduction ou de mise bas
Les observations peuvent concerner des comportements sociaux, des chants, des interactions entre adultes ou des couples mère-baleineau.
Ces contextes exigent une vigilance particulière. La présence d’un baleineau, le repos ou un changement de comportement doivent conduire à augmenter la distance et à réduire la pression d’observation.
Dans tous les cas, la saison ne garantit jamais une rencontre. La météo, l’état de la mer, la répartition des proies et les décisions d’animaux sauvages restent déterminants.
Comprendre une route, reconnaître un individu
La migration des baleines ne se résume pas à une flèche tracée entre une mer froide et une mer chaude.
Elle résulte d’un équilibre entre ressources alimentaires, reproduction, état physiologique, mémoire, conditions environnementales et histoire propre à chaque population.
Une photographie correctement réalisée peut parfois relier deux régions séparées par des milliers de kilomètres. Une série d’observations peut révéler une saison, une fidélité à un habitat ou un changement de distribution.
C’est en accumulant ces informations, en les replaçant dans leur contexte et en reconnaissant leurs limites que les scientifiques reconstruisent progressivement les voyages des baleines.
Observer les migrations avec Wild Seas Explorer
Les voyages Wild Seas Explorer ne présentent pas les migrations comme un spectacle programmé.
Ils proposent d’apprendre à replacer chaque rencontre dans son environnement :
quelle espèce observons-nous ?
dans quel habitat sommes-nous ?
l’animal semble-t-il se nourrir, se déplacer ou se reposer ?
quels phénomènes océanographiques peuvent expliquer sa présence ?
quelles informations permettent de documenter la rencontre ?
la photographie peut-elle contribuer à une identification individuelle ?
Selon le voyage, les participants peuvent découvrir la photo-identification, utiliser des fiches d’observation structurées, relever les conditions de la rencontre et comprendre comment les scientifiques étudient les déplacements des cétacés.
Les espèces sauvages, leur proximité et leurs comportements ne sont jamais garantis. L’objectif consiste à observer avec méthode, à comprendre ce que le terrain permet réellement d’interpréter et à respecter les animaux rencontrés.
Questions fréquentes sur la migration des baleines
Non. Certaines populations effectuent des migrations de plusieurs milliers de kilomètres, tandis que d’autres réalisent des déplacements régionaux, des migrations partielles ou restent toute l’année dans un même ensemble d’habitats.
Les eaux de basse latitude peuvent offrir des conditions favorables à la reproduction et aux premiers mois des baleineaux. La température, le calme ou la faible profondeur de certains habitats et la réduction de certains risques ont été proposés comme avantages. Aucune de ces explications ne s’applique cependant seule à toutes les espèces.
La distance varie considérablement. Certaines baleines à bosse parcourent jusqu’à environ 8 000 kilomètres entre leurs zones d’alimentation et de reproduction. La migration aller-retour de nombreuses baleines grises du Pacifique Nord atteint environ 16 000 kilomètres, avec des parcours individuels encore plus longs.
Beaucoup de baleines à fanons réduisent fortement leur alimentation et utilisent leurs réserves énergétiques. Mais certaines peuvent se nourrir de manière opportuniste pendant le trajet ou sur des zones considérées principalement comme reproductives.
Les mécanismes exacts ne sont pas entièrement connus. Les baleines pourraient combiner champ magnétique, position du soleil, courants, température, signaux acoustiques, relief sous-marin, mémoire et apprentissage.
Non. La photo-identification a démontré que certains individus photographiés au Cap-Vert avaient également été observés dans les eaux norvégiennes. Cela révèle une connexion entre ces régions, mais ne permet pas d’attribuer cette route à toutes les baleines fréquentant la Norvège ou le Cap-Vert.
Elle dépend de l’espèce, de la population et de la région. Il faut également distinguer une zone d’alimentation, une zone de transit et une zone de reproduction. Une période favorable augmente les possibilités de rencontre, mais ne garantit jamais la présence des animaux.
Il peut modifier la répartition des proies, la banquise, la température de l’eau et le calendrier des saisons productives. Certaines populations changent déjà leur distribution ou la durée d’utilisation de certains habitats. Les réponses restent toutefois variables et doivent être évaluées sur le long terme.
À propos de l’auteure
Contenu rédigé et vérifié par Stéphanie Vigetta, fondatrice de Wild Seas Explorer, titulaire de deux Masters orientés recherche et forte d’une expérience de recherche doctorale consacrée aux myctophidés.
Dernière vérification scientifique : septembre 2026.
Sources scientifiques principales