La baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) réalise l’une des migrations les plus longues parmi les mammifères marins. Les individus de l’Atlantique Nord se déplacent chaque année entre des zones d’alimentation situées aux hautes latitudes et des zones de reproduction tropicales ou subtropicales (Stevick et al., 2003).
Connexions entre zones d’alimentation et de reproduction
Les études de photo-identification ont montré que les baleines qui se nourrissent en Norvège, en Islande ou dans la mer de Barents migrent principalement vers les Antilles pour se reproduire. Certaines connexions existent également avec la zone de reproduction du Cap-Vert, bien que cette population soit plus réduite (Stevick et al., 2003 ; Palsbøll et al., IWC).
Les individus parcourent ainsi plusieurs milliers de kilomètres entre la fin de la saison d’alimentation et le début de la reproduction.
Présence hivernale récente dans les fjords norvégiens
Historiquement, la plupart des baleines quittaient les zones d’alimentation nordiques à l’automne. Cependant, depuis le début des années 2010, un nombre important d’individus reste dans les fjords du nord de la Norvège entre octobre et janvier.
Ce changement est directement lié à la distribution des proies. Les grands bancs de hareng de printemps norvégien se concentrent en hiver dans ces fjords, attirant à la fois les baleines à bosse et les orques.
Des travaux récents montrent que certaines baleines exploitent activement cette ressource tardive, prolongeant leur période d’alimentation avant d’entamer leur migration vers les zones de reproduction (Kettemer et al., 2023).
Un comportement opportuniste
Cette stratégie illustre la capacité d’adaptation de l’espèce. La migration des baleines à bosse n’est pas strictement déterminée par un calendrier fixe : elle dépend fortement de la disponibilité des ressources énergétiques.
L’accumulation de réserves est essentielle, car les baleines s’alimentent très peu, voire pas du tout, pendant la période de reproduction et lors du trajet migratoire.
Pourquoi le suivi scientifique est important
Ces modifications récentes de la distribution saisonnière soulignent l’importance du suivi à long terme par photo-identification, télémétrie et observation de terrain. Ces méthodes permettent de mieux comprendre :
les routes migratoires,
la fidélité aux zones d’alimentation,
et l’adaptation des populations aux variations de l’écosystème.
Références scientifiques
Stevick, P.T. et al. (2003). Segregation of migration by feeding ground origin in North Atlantic humpback whales. Journal of Zoology, 259, 231–237.
Kettemer, L.E. et al. (2023). Arctic humpback whales respond to winter foraging opportunities before migration. Royal Society Open Science, 10: 221633.
Palsbøll, P.J. et al. IWC Scientific Committee reports on North Atlantic humpback whale population structure.
NAMMCO (North Atlantic Marine Mammal Commission). Humpback whale ecology and feeding behaviour in Norwegian waters.
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